Je vous presente ici un extrait de "POUR UNE CUISINE RESPONSABLE ET SOLIDAIRE Quel rôle peut jouer la restauration collective dans la promotion d’une agriculture socialement et écologiquement soutenable ?" ecrit par ATTAC 45 et qui date de 2004. L'extrait ci-dessous a ete ecrit par Philippe Lalik et se trouve sous forme de pdf. Le lien n'est pas disponible, mais si vous faites une recherche avec "pourquoi manger local?"et cherchez...
POURQUOI MANGER LOCAL ?
La question du Forum Social Agricole du 3 avril 2004 était : faut-il rapprocher les producteurs des consommateurs ? En répondant par l’affirmative, il faut toutefois être clair et préciser que ce rapprochement, s’il est souhaitable, n’est pas une condition suffisante pour que la situation
s’améliore. C’est pourquoi, il faut parler d’une relocalisation de la consommation alimentaire. C’est à dire que c’est l’ensemble de la filière qui doit être le plus possible locale. Si, par exemple, un producteur de viande met en place un circuit court mais que le soja qui sert à nourrir ses animaux vient d’Amazonie, ce n’est pas de la relocalisation. Nous allons maintenant présenter les principaux arguments du “manger local”.
1/ Le climat
Le premier argument du manger local concerne les changements climatiques. En France, l’agriculture est le secteur qui émet le plus de gaz à effet de serre avec 20% du total à elle seule. Au sein de la production agricole, c’est l’élevage qui pose le problème le plus sérieux du point de vue climatique. Si l’on ajoute à cela les transports de denrées alimentaires on atteint des chiffres très conséquents.
Nous n’avons pas en notre possession les données pour notre pays. Mais aux États-Unis la distance moyenne entre le champ et l’assiette est de l’ordre de 2 400 kilomètres. Cette distance entre le lieu de production et le lieu de consommation ne cesse d’augmenter dans les pays industrialisés. Ainsi, entre 1968 et 1998, la production mondiale de lait a augmenté de 43% tandis que le commerce international de lait progressait de 172%. Nous pourrions également citer l’exemple du yaourt aux fraises dont les ingrédients ont parcouru plus de 8 000 kilomètres.
Pour donner un ordre de grandeur, 1 tonne de fruits transportée jusqu’à un marché de proximité émet 1 à 3 kg d’équivalent carbone dans l’atmosphère. Si cette tonne de fruits vient d’Espagne par camion, c’est entre 25 et 50 kg. Si elle est acheminée depuis la Réunion par avion, c’est entre 3000 et 4000 kg. Consommer des produits cultivés loin met en péril les équilibres climatiques. Manger des fruits et des légumes hors saison produit le même effet. Il faut 5 litres de pétrole pour produire et acheminer un kg de fraises (ou de cerises) au moment de Noël. Rappelons que les climatologues estiment que le changement climatique est le danger le plus important pour la stabilité géopolitique mondiale et que la survie de l’humanité est en jeu dans cette affaire.
2/ L’énergie
Mis à part l’effet de serre, le fait de consommer beaucoup d’énergie pour nous alimenter risque fort de poser un problème majeur dans les années à venir. Notre agriculture (hors transport) consomme davantage de calories qu’elle en produit. Cela ne pourra pas durer indéfiniment d’autant que l’énergie utilisée est le pétrole. C’est pourquoi l’agriculture biologique, qui nécessite bien moins d’énergie que l’agriculture conventionnelle, présente un grand intérêt. Cette dépendance au pétrole (tant au niveau de la production que des transports) est dangereuse en ce sens que l’on ignore pendant combien de temps on va disposer d’une énergie à bon marché. Les experts de l’industrie pétrolière en retraite (regroupés dans l’association ASPO) ont récemment tiré la sonnette d’alarme. Ils estiment qu’un choc pétrolier durable (à la différence de ceux de 1973 et 1979) est très probable dès 2008 où 2010. C’est à dire demain. Les premiers secteurs touchés seront l’agriculture intensive et le transport. Il est donc nécessaire de mettre en place dès à présent des structures qui permettront de ne pas subir les chocs de façon trop brutale.
3/ La crise de la paysannerie
La moitié des paysans de l’Union Européenne a quitté la terre au cours de 12 dernières années. Ceux qui restent sont dépendants des marchés mondiaux, de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution. Il y a 50 ans, lorsqu’un consommateur achetait pour 100 euros de nourriture, 45 à 60 euros revenaient à l’agriculteur. Aujourd’hui, lorsque l’on achète 100 euros de nourriture, l’agriculteur en perçoit 18 en France. En Grande-Bretagne, il doit se contenter de 7 euros et aux États-Unis de 3,5 euros ! Les agriculteurs ont-ils intérêt à poursuivre dans cette voie ?
4/ L’agriculture, une activité fondamentale pour l’économie
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’agriculture n’est pas un secteur marginal. Elle
n’emploie que 3% de la population active et représente moins de 3% du PNB, ce qui est faible. Mais pour prendre l’exemple le plus significatif, celui des États-Unis, on se rend compte que 20% du PNB et 22% de la population active dépendent de l’agriculture1. C’est à dire que l’agriculture est vitale pour l’économie de pays tel que la France. Cela signifie également qu’une relocalisation peut engendrer des créations d’emplois non seulement au niveau agricole mais également dans le domaine de la transformation des aliments. A ce propos, des études ont montré que 10 euros dépensés pour l’achat alimentaire dans un supermarché génèrent 14 euros dans l’économie locale et que si ces 10 euros sont dépensés chez un producteur local, cela génère 25 euros dans l’économie locale.
Le but de la relocalisation de la consommation alimentaire n’est pas un repli sur soi mais une
nécessité pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’une énergie (le pétrole) qui va devenir de plus en plus chère. Elle donne l’occasion d’une véritable traçabilité des aliments impossible quand les marchandises sont échangées à travers la planète. Elle est également une opportunité à saisir pour créer des liens entre les habitants au niveau local. Elle permet d’installer des relations de confiance entre les gens dans un monde où la suspicion généralisée a tendance à se développer. Si les liens producteurs-consommateurs sont à encourager (notamment à travers les AMAP), les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer. Car si la restauration collective (qui en France, sert près de 2 repas sur 3, soit 3,2 milliards repas sur 4,7)4 pouvait être partie prenante, ce serait très positif tant pour l’avenir de la paysannerie que pour l’évolution du climat et la santé des individus.
2. QUELQUES CHIFFRES CLES
- Il y a 1,5 milliard de paysans dans le monde. 30 millions ont accès à la motorisation et 250 millions à la traction animale. Les autres (1,2 milliard) travaillent à la main.
- Les polycultures traditionnelles produisent 100 unités de nourritures pour 5 unités d’intrants énergétiques alors que les monocultures industrielles ont besoin de 300 unités d’intrants pour produire les 100 même unités de nourritures1.
- Il faut 28 calories d’origine fossile pour produire 1 calorie sous forme de viande (Etude publiée dans la revue Scientific American en juillet 1994).
- Si tous les habitants de la Terre étaient nourris par l’agriculture industrielle, les réserves de pétroles seraient déjà épuisées (Etude de Pimental et Duzhonc).
- En France, 50% des produits Bio sont importés alors que la demande s’accroît de 15 à 20% par an. 1,4% de la Surface Agricole Utile est consacrée à l’agriculture Bio.
- Les aides représentent en moyenne 45% du revenu agricole en France.
- Au cours de la dernière décennie, dans les pays de l’Union européenne, la moitié des paysans a du quitter la terre (on en dénombrait moins de 6 millions en 2002 contre 11 millions dix ans plus tôt).
- L’aide à l’agriculture des pays développés s’élève à 311 milliards de dollars, ce qui représente sept fois l’Aide Pour le Développement des pays en voie de développement.
- Aux États-Unis, la distance moyenne entre le champ et l’assiette est de l’ordre de 2 400 kilomètres.
- 1 tonne de fruits transportée jusqu’à un marché de proximité émet 1 à 3 kg d’équivalent carbone dans l’atmosphère.
- 1 tonne de fruits venant d’Espagne par camion en émet entre 25 et 50 kg.
- 1 tonne de fruits acheminée depuis la Réunion par avion en émet entre 3000 et 4000 kg.
- 50% des espèces animales et végétales d’Europe sont en danger d’extinction.
- Des études détaillées ont montré que les pratiques agricoles industrielles en sont une des principales causes.
- 75 à 90% de certains pesticides s'évaporent dans l’atmosphère. On peut les retrouver jusqu’en Arctique et en Antarctique.
- 97% des rivières et plans d’eau de France ainsi que 60% des eaux souterraines sont contaminées par les pesticides.